Situation générale

Il n'y a plus que le général Bonaparte
qui puisse sauver l'empereur Napoléon.
- Napoléon


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Janvier 1814. Les armées alliées ont traversé le Rhin. L’armée de Silésie, sous Blücher, et l’armée de Bohème[1], sous Schwarzenberg, entreprennent une promenade militaire qui durera jusqu’à la fin du mois. Les maréchaux de l’Empereur[2] reculent prudemment devant les masses alliées, évitant les combats importants qui, en raison de la disproportion des forces, auraient des conséquences désastreuses.

Le 25 janvier, l’Empereur arrive à Châlons-sur-Marne et prend personnellement le commandement de la Grande Armée. La campagne proprement dite s’ouvre sur deux victoires françaises à Saint-Dizier, le 27 janvier, et Brienne, le 29. L’Empereur ébranle temporairement l’avance alliée. Le 1er février en fin de journée, près de La Rothière, les Alliées concentrent plus de 100 000 hommes face aux 40 000 Français. À contrecœur, l’Empereur ordonne la retraite. La catastrophe est évitée, mais le repli est pénible et les désertions nombreuses. Les Alliés – Blücher le premier — croient les Français complètement désorganisés et la route de Paris ouverte. La vérité n’est pas loin : le découragement gagne les cœurs et même l'Empereur semble se résigner à la défaite. N’écrit-il pas à Caulaincourt, alors en négociation avec les représentants alliés :


Napoléon Ier recevant une pétition d'un soldat pendant la campagne
de 1814.
Grenier de Saint-Martin Francisque, musées de l'île d'Aix.

« Les troupes ennemies se comportent partout horriblement. (...) Ils battent tout le monde, hommes et femmes, et commettent un grand nombre de viols. Ce tableau que je viens de voir de mes yeux doit facilement vous faire comprendre combien je désire promptement tirer mes peuples de cet état de misère et de souffrance, qui est véritablement horrible »[3]. Et encore « J'ai dit à la Besnardière tout ce que je pense sur l'état actuel de la France et de la nécessité de nous délivrer de ces hôtes qui mettent le pays à feu et au pillage. »[4] Le baron Fain, en sa qualité de secrétaire du portefeuille accompagne toujours l’Empereur écrit : « Napoléon lui-même ne paraît pas inaccessible à l’inquiétude générale. »[5]

Les perspectives sont sombres. Il semble impossible d’arrêter les deux puissantes armées alors réunies, sauf si une faute est commise. Au lendemain de leur victoire à la bataille de La Rothière, les Alliés tiennent un conseil de guerre au Château de Brienne. Il est convenu de se diviser en deux colonnes qui marcheront parallèlement — et indépendamment — sur Paris. L’armée de Silésie, sous Blücher, progressera dans la vallée de la Marne pendant que l’armée de Bohème, commandée directement par Schwarzenberg, généralissime des armées alliées, longera la Seine. Le corps russe de Wittgenstein devrait permettre de garder le contact en se positionnant au centre des 80 km qui séparent les deux armées[6]. Rendez-vous à Paris ! Blücher se met rapidement en marche, Schwarzenberg demeure prudent, hésite. Le 6 février, le petit corps de Mortier (environ 3000 fantassins, 1200 cavaliers et une artillerie indéterminée) exécute une vigoureuse reconnaissance en force en direction de Bar-sur-Seine et sème le doute dans l’esprit de Schwarzenberg. Le généralissime croit, à tort, que son armée sera la cible de Napoléon. Pendant ce temps, Blücher tente d’atteindre deux objectifs inconciliables : attaquer et détruire le petit corps de Macdonald, en retraite depuis Châlons-sur-Marne vers Meaux et attendre l’arrivé des corps de Kleist et Kapzewitch. Il en résulte une marche de flanc audacieuse et périlleuse, Blücher étirant les corps de son armée qui ne pourront pas se soutenir mutuellement en cas de problème. L’Empereur ne manque pas de le remarquer. L’erreur sera durement sanctionnée…

Après la bataille de La Rothière, la poursuite alliée est donc molle, si bien que l’armée française réussit à rompre le contact. L’Empereur dirige ses troupes sur Troyes. Il y restera sans opposition jusqu’au 6 février, ce qui lui permet de se réorganiser, recevoir de nouveaux renforts et faire reposer ses soldats. Le premier plan échafaudé à la suite de cette période d’accalmie consistait à fixer Blücher et attaquer vigoureusement Schwarzenberg. Mais voilà que le 5 au soir, un rapport de cavalerie dévoile le mouvement des quatre corps du
Feldmarshall prussien sur Paris via Meaux et Château-Thierry. Chaque corps est espacé du suivant par une journée de marche. Déjà dans une lettre du 2 février, l’Empereur avait anticipé la division alliée : « Je serai demain à Troyes. Il serait possible que l’armée de Blücher se portât entre la Marne et l’Aube, du côté de Vitry et de Châlons. De Troyes, selon les circonstances, j’opérerai pour retarder le mouvement de la colonne qu’on m’assure se diriger par Sens sur Paris, ou pour revenir manœuvrer sur Blücher et retarder sa marche. »[7]

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Notes

[1] L’armée de Bohème était aussi appelée « Grande Armée de Bohème », à ne pas confondre avec la Grande Armée française, nous tenterons de bien marquer la distinction.
[2] Comme Weil, Houssaye et bien d’autres, « Empereur » fait toujours référence à Napoléon dans notre texte. Après tout, il s’agit du véritable empereur « héros » de cette histoire!
[3]Napoléon au général Caulaincourt, Duc de Vicence, Piney 2 février 1814, C21168.
[4] Napoléon au général Caulaincourt, Duc de Vicence, Troyes, 5 février 1814, C21179.
[5] Fain p.109.
[6] Wittgenstein recevra l’ordre de se porter sur l’Aube et son corps d’armée participera à l’assaut de Nogent. La cavalerie de Seslavin sera envoyée sur la Loire, si bien qu’il ne restera seulement que quelques parties de cosaques pour faire la liaison entre l’armée de Silésie et la l’armée de Bohème. Le mouvement français vers la Seine ne sera donc pas observé...
[7] Napoléon au général Clarke, Duc de Feltre, Piney, 2 février 1814, C21169.

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