À propos de l’organisation et des effectifs de la cavalerie de la Garde en février 1814
- Deuxième partie -

La Rothière et la retraite sur Troyes

Le général Colbert est arrivé juste à temps pour prendre part à la bataille de La Rothière[1]. A-t-il été placé directement sous le commandement de Lefebvre-Desnouettes ? La question est ouverte. Quoi qu'il en soit, les renseignements sur l’ordre de bataille de la cavalerie de la garde à Brienne et La Rothière sont très fragmentaires. Information d’intérêt, Brunon nous dit que « le 28 janvier, le général Dautancourt, des Chevau-légers polonais, reçut le commandement de la brigade des Éclaireurs composée des détachements des trois régiments[2] ». Il y a probablement eu une réorganisation des différents détachements de cavalerie de la garde concentrés autour de l’Empereur ; toutefois, comme la source n’est pas indiquée, il est difficile de creuser la question.

Également, Pawly nous apprend, encore une fois sans mentionner l’origine de l’information, que De Tiecken commande les escadrons du 2e lanciers de la division Colbert et que cette formation comprenait 440 lanciers au 1er février dont 240 seront perdus pendant la bataille de La Rothière[3]. Or cet officier a rejoint l’armée avec d’Autancourt, a-t-il été placé sous le commandement de Colbert dès l’arrivée de ce général sur le champ de bataille de la Rothière ? Ce n’est pas très clair.

Deux entrées dans le journal du général Guyot apportent quelques précisions :

29 janvier : (…) 150 jeunes grenadiers de mon Régiment[4] exécutent une belle charge sur le front d’une grande masse de troupes légères; ils sont ramenés et sabrés, mais ils ont sauvé 20 pièces de canon que l’ennemi avait prises.

30 janvier : Le général Lefebvre-Desnoëttes ayant été blessé hier l’Empereur me donne le commandement de sa division qui se compose des chasseurs et des deux régiments de chevau-légers de la Garde.

Sur l’effectif total, la meilleure source, sans doute un peu gonflée, demeure le quartier-général impérial. Ainsi, Berthier écrit « Demain 2 février, à 4 heures du matin, on prit les dispositions suivantes : Le général Nansouty, avec ses 3000 chevaux, sera en position sur la gauche un peu en arrière de Brienne-la-Vieille avec 12 pièces d’artillerie à cheval[5]. » Comme la division de cavalerie de la vieille garde, toujours avec Mortier, compte à la même époque 2000 chevaux, il est raisonnable de croire que l’effectif de l’ensemble des trois divisions de cavalerie de la Garde se chiffre alors aux alentours de 5000 cavaliers.

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Le 3 février, les corps principaux de la vieille garde - infanterie, cavalerie et artillerie - qui se trouvaient avec le maréchal Mortier, font leur jonction avec le reste de l’armée dans les environs de Troyes.

Il s’en suit, vers le 7 février, ce qui semble être une autre réorganisation de la cavalerie de la garde en trois divisions, commandées par Guyot, Colbert et Laferrière-Levesque. Ainsi, Guyot note, toujours dans son journal :

7 février : Je prends aujourd’hui la division de la vieille Garde qui est logée au village de St-Nicolas(…)

Quant à d’Autancourt, il écrit pour le 8 février « je reçu l’ordre particulier du général Nansouty de prendre le commandement de la brigade des Vieux Dragons et des Vieux Grenadiers de la Garde. Je quittai donc encore une fois mon régiment, mais le commandement que je recevais était si beau que j’étais complètement dédommagé ».

À cette date, la division Guyot est donc la plus facile à reconstituer. Les Polonais sont intégrés à la 2e division de cavalerie de vieille garde, nous n’avons aucune idée où sont allés les gendarmes d’élite. Une première brigade comprend les Chasseurs, le 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais avec le 3e éclaireurs, qui l’accompagne tout au long de la campagne. La deuxième brigade comprend les Dragons et Grenadiers. Mis à part les Éclaireurs, toutes ces formations sont de vieille garde.

La division Colbert, 1re division de cavalerie de la garde, paraît être simplement le 2e régiment de chevau-légers. Quant à la division Laferrière-Levesque, par déduction, elle me semble rassembler les régiments de jeune garde, mais je ne possède aucune information (mémoire ou document) sur sa composition.

Quant aux renforts, au moins deux colonnes rejoignent l’armée du 3 au 10 février. Il y a bien sur la colonne Kirmann qui arriva à la veille de Montmirail avec 600 cavaliers, dont des chasseurs, des mameluks[6] et probablement 150 Lanciers rouges[7]. Il y a aussi un millier de cavaliers qui parvinrent à Nogent vers le 7 février et qui vinrent surement renforcer les escadrons[8]. Nous avons donc potentiellement un renfort de 1500 sabres qui rallient. La composition détaillée de ces deux importants renforts demeure inconnue.

- Troisième partie

Notes

[1] Colbert écrit au major général le 1er février à 2h00 A.M. : Je serai à Brienne demain à midi. Cité par Pawly, 1997, p. 73.
[2] Brunon, p.56.
[3] Pawly, 1997, p.75.
[4] Guyot est major-colonel en premier des grenadiers à cheval de la garde à la place de Walther depuis le 1er décembre 1813.
[5] Registre de Berthier, cité par Weil, t.I, p.510.
[6] Parquin, p.342.
[7] Pawly, 1997, p.75.
[8] « Il arrive en outre à Nogent, le 6, deux bataillons de la Garde ; le 7, 1200 hommes à cheval de la Garde, plus 3 000 hommes d'infanterie de la Garde ; le 8, il doit y arriver deux bataillons qui étaient à Chalons ; ce qui ferait une division de la Garde de 1200 chevaux, de 6000 hommes d'infanterie et de deux pièces de canon. Cette division ne viendra me joindre que par mon ordre ». -Napoléon au Prince de Neuchâtel, Major général, Troyes, 5 février 1814, C21184.


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