Bilan

Pour la journée du 14 février, les alliés reconnaîtront environ 6000 hommes perdus, soit 2000 Russes et 4000 Prussiens, dont seulement 200 cavaliers. Il convient d’ajouter 7 pièces d’artillerie prussienne et 8 pièces russes et 10 drapeaux[1]. Donc une perte de plus de 30% de l’effectif engagé, ce qui est énorme. Gneisenau admettra deux semaines plus tard une perte du quart des effectifs. L’attaque de nuit de Marmont a sans doute coûté aux Russes entre 600 et 1000 hommes. Napoléon cherchant à rehausser le moral des Parisiens écrira à son frère que la journée s’est soldée par la capture de 8000 hommes et la perte de 4000[2]. Plusieurs hauts gradés russes furent blessés, dont les généraux Schenschin et Urusow, les colonels Sutgof et Stegemann[3]. Les pertes françaises s’élèvent à un demi-millier d’hommes.

Le terrain qui empêchait l’artillerie de se déployer efficacement a sauvé les alliés. Napoléon doit son succès à l’écrasante supériorité en cavalerie que sa manœuvre lui a permis de concentrer sur les flancs de l’ennemi. Le soir même, il explique à son frère la méthode employée : « Ce grand résultat tient à ce que l’ennemi n’avait pas de cavalerie et que moi j’en avais 6 à 8000 hommes de très bonne, avec lesquels je l’ai fait constamment envelopper et déborder; qu’il a dû mettre la plus grande partie de son artillerie en sûreté, de crainte de la perdre, et que toute la journée je l’ai écrasé par la mitraille de cent pièces de canon[4]. »

Les « cent pièces de canon » sont ici figure de style. Napoléon pouvait compter sur 36 pièces à la bataille de Montmirail trois jours plus tôt. Il faut soustraire la batterie qui accompagne Mortier. Au soir de Champaubert, Marmont avait conservé avec lui une batterie du 6e corps et une batterie du 1er corps de cavalerie. Les deux batteries de la jeune Garde avaient probablement rejoint la zone des combats à cette date. La division Leval comptait une batterie de 8 pièces et le 2e corps de cavalerie une batterie de 6 pièces, peut-être deux. Si tous les canons et obusiers ont pu suivre, ce qui semble impossible en dehors de la chaussée, Napoléon pouvait disposer d’environ 70 pièces, réparties au sein des différentes formations. La grande batterie dont il est fait référence doit être celle assemblée par Marmont en mâtiné, comptant tout au plus une trentaine pièces, ce qui est tout de même considérable. Par ailleurs, étant donné l’état détrempé du terrain, les canons n’ont pas pu progresser de manière offensive comme à la bataille de Friedland et « écraser l’ennemi toute la journée par la mitraille. »

Notes

[1] Vérillon, p.76, recense la prise de 9 drapeaux russes et 1 prussien.
[2] Napoléon à Joseph, Montmirail, 14 février, 9 heures du soir.
Correspondance, №21255.
[3] Bogdanovich, p.206.
[4] Napoléon au Roi Joseph, Montmirail, 14 février 1814, 9 heures du soir.
Correspondance, №21255.


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